NOUVELLE La Belle Endormie - les 3 versions


Avant de vous exposer les textes, je vous raconte le contexte :

J'ai écrit cette histoire en m'inspirant de cette photo magnifique que j'ai vu sur le mur d'une amie facebook. Et comme souvent, avant publication de mes écrits, je l'ai soumise à ma copamine bêta lectrice qui m'a dit : c'est beau mais pourquoi tu fais toujours des fins tristes ?


Comme je ne sais pas dire pourquoi, j'ai finalement décidé de faire 3 versions de cette histoire en changeant la fin.


J'ai soumis sur mon groupe et les gens on voté pour une fin, et je leur ai envoyé les textes par message privé.


Maintenant je vous les livre tous.


Merci à Julie Phan-Perain pour ce merveilleux cliché de Bruges la nuit.


La Belle Endormie


Sarah, ma jolie Sarah, mon incroyable Sarah,


J’arpente les rues de Bruges la boule au ventre, les nerfs à fleur de peau, tous mes sens en alerte. L’impatience de te retrouver grandit à chaque coin de rue que je franchis. Le feu du désir qui brûle mon cœur n’en peut plus d’attendre de te revoir. Une fébrilité s’empare de tout mon être, de toute mon âme.


Sarah, seras-tu là ?


La nuit tombe sur la belle-endormie, le ciel s’obscurcit à mesure que je m’éloigne du Beffroi. Tandis que j’avance, les rues se vident et je repense à tout ce que nous avons vécu, ces instants magiques où je te voyais rayonnante, si pleine de vie, d’envie. Ton sourire illuminait chacun de tes mouvements. Je me souviens du jour où je t’ai aperçue pour la première fois, tu n’avais que 19 ans et moi…


C’était un jour de printemps, Sarah, t’en souviens-tu ?


Les oiseaux nous offraient leur sérénade perchés sur les hautes branches des nombreux tilleuls qui longent les canaux. Les fleurs exposaient leurs premiers pétales aux rayons timides du soleil. Tu étais si jeune. Tu riais aux éclats pour des choses sans importance, tu souriais à la vie, tu dansais la vie, tu étais la vie, Sarah. Je me rappelle ta robe jaune qui virevoltait tandis que tu dansais. Tu étais si belle et je t’ai désirée au premier regard.


Pourquoi suis-je tombé sous ton charme? Est-ce l’emprise de ta jeunesse, de ta beauté si naïve ?

Tu m’as ensorcelé, moi qui ne pouvais raisonnablement t’aimer. Notre différence d’âge ne semblait pas te poser de problème ni de limite. Le fait que je sois déjà marié non plus, visiblement.


Tu m’écoutais, venais à mes conférences, à mes cours. Mes 20 ans de plus que toi n’avaient pas l’air de t’effrayer. Tu étais insouciante, drôle, fraîche comme la rosée du matin. Je me suis empêché de venir à toi durant toutes tes années d’études. Si je voulais un jour t’avouer mes sentiments, il me fallait être patient, je devais te laisser l’esprit libre. Tu obtiendrais ton diplôme sans que je sois un obstacle à tes études, sans ma présence à tes cotés. Tu as souffert de cette décision, je l’ai bien remarqué !


Mon dieu, Sarah, m’aimais-tu déjà ?


Je t’ai vu te jeter dans les bras d’autres hommes de ton âge, par dépit, certainement. Tu les as embrassés sans vergogne, devant moi.


Souhaitais-tu que je souffre de t’avoir repoussée ? Me le faisais-tu payer ?


Il était tellement important que tout se passe comme cela, pour que nous puissions nous retrouver une fois tes études achevées. Tu n’as pas choisi médecine pour abandonner au bout de si peu de temps. Je t’ai encouragée, aidée, supportée afin que tu deviennes le médecin que tu voulais devenir.


Cela remonte à plus de huit ans maintenant.


Les années qui ont suivies le premier jour où tu es entrée dans ma vie n’ont été que douceur et bonheur à te voir vivre, danser, chanter, étudier, évoluer, t’offrir à la vie, malgré d’autres dans tes bras, malgré la souffrance que j’endurais pour te voir heureuse.

Le temps qui a passé t’a à peine effleuré. Rien ne t’a abîmé. Je t’ai protégé de tous malheurs, j’ai évincé de ton chemin tout ce qui aurait pu te rendre triste ou malheureuse.


Accepteras-tu ma demande après tout cet amour que je t’ai voué ?


Nul doute que tu diras oui, c’est évident. Je ne vis que pour toi depuis ce jour. Tu es ma joie, ma vie, mon grand amour et il est plus que temps que je m’engage enfin envers toi, ma douce Sarah. Comment pourrait-il en être autrement ?

Pour toi, j’ai tout quitté, tout abandonné, comme j’avais promis de faire. J’ai divorcé, Sarah, j’ai quitté ma femme depuis un an maintenant. J’ai tout planifié pour que nous puissions vivre enfin notre amour au grand jour dès que tu serais diplômée.


Sarah, ma jolie Sarah, seras-tu aussi heureuse que je le suis ?


J’ai quitté la Grand-Place, noire de monde en cette jolie fin de journée de printemps, je flâne sur les quais bordés de tilleuls, le long du Grand Canal, j’ai tellement hâte de te retrouver. Je m’éloigne du lieu de notre rendez-vous car je suis bien trop en avance. Une fois arrivé vers le Béguinage, fermé à cette heure tardive, je me retrouve quasi seul. Je ne m’étais pas rendu compte à quel point la nuit était pratiquement tombée. Je profite de l’instant en faisant le tour des ruelles pavées qui entourent les maisons aussi blanches les unes que les autres. Elles semblent toutes éclairer mon chemin vers toi. Ces ruelles que j’ai arpentées si souvent avec toi. L’endroit déserté dégage une atmosphère d’une sérénité absolue, ce calme apaise mes ardeurs et mon esprit, je suis tellement anxieux ! Mais je sais, au plus profond de mon cœur, que ma question ne sera qu’une formalité.


Sarah, il est bientôt temps de nous retrouver pour faire de notre amour une éternité. M’attends-tu ?


Je rebrousse chemin et ne croise plus âme qui vive. J’aime à penser que nous serons seuls au monde lorsque la question te sera posée. J’aime à penser que ton oui résonnera sur les façades des maisons qui nous entoureront, que son écho ira jusqu’au Beffroi qui le renverra au tout Bruges.

J’approche doucement du lieu de nos retrouvailles et je t’aperçois. Le café qui fait l’angle, juste devant l’embarcadère des bateaux de promenade sur le canal, est étrangement désert. Ce n’est que lorsque j’arrive à sa hauteur que je vois qu’il est fermé mais ce n’est pas important, tu es là, assise nonchalamment sur le muret qui surplombe l’eau. Tu as une merveilleuse vue sur le canal et le beffroi en arrière-plan. Tu es tellement belle !


Tu sembles impatiente, peut-être l’es-tu tout autant que moi ? Je le vois à ta façon de mordiller tes ongles, de remuer ta jambe. Je te connais par cœur, nul doute que nous serons heureux.


— Sarah ?


Tu sursautes en entendant ma voix, tu te retournes et me regardes. Je vois de la surprise dans tes yeux. Ta moue dubitative me laisse croire que tu ne t’attendais pas à me voir. Je suis surpris, également. Je connais chacune de tes mimiques et celle-ci ne me dit rien qui vaille.


— Ah, mais c’est toi qui m’a envoyé ce message ?

— Bien sûr, je l’ai signé, tu t’attendais à voir quelqu’un d’autre ?

— Je ne m’attendais pas du tout à toi, c’est clair !

— Alors je suis d’autant plus content d’avoir su garder l’effet de surprise jusqu’au bout.

— Mais l’effet de quoi ?


Je m’agenouille alors devant toi, et sors de ma poche la petite boîte qui contient la bague que je vais t’offrir. Je tremble, mes mains sont moites, ma voix chevrote légèrement tandis que je me lance.


— Sarah, veux-tu m’épouser ?

— Que… quoi ?

— Nous avons assez attendus ! Tu es diplômée, je suis divorcé, nous pouvons enfin nous aimer au grand jour ! Je t’en prie, Sarah… je t’aime.


Tu m’as regardé encore plus surprise...






Puis j’ai vu des larmes couler sur tes joues, tu t’es jetée à terre, dans mes bras, en hurlant ton OUI !


Sarah, je suis tellement heureux !


Mais je ne sais pas pourquoi tu te recules soudainement et change ton oui pour un NON d’effroi.

Je t’avais pourtant protégé de tous, mais pas assez.


Je t’ai épargné la tristesse durant toutes ces années, mais pas assez.

Il est arrivé derrière moi, je ne l’ai pas entendu, tu l’as vu mais trop tard. Ton dernier amant, celui que tu avais choisi pour tromper les apparences nous concernant. Un homme fragile, possessif, jaloux qui t’a fait vivre un enfer. Tu as eu peur que ce soit lui l’auteur du message pour te donner rendez-vous mais tu es venue tout de même, tu espérais te tromper.

Je m’effondre sur les pavés.


Le bruit sourd de ma tête sur le sol résonne, la douleur intense que je ressens sur le haut de mon crâne me laisse penser que j’ai été frappé avec quelque chose de très lourd. Un liquide chaud et épais coule dans mes yeux, j’ai encore le temps de voir qu’il s’approche de toi, une barre de fer à la main. Je crie mais aucun son ne sort de ma bouche. Tu n’arrives pas à lui tenir tête, tu pleures, tu hurles, tu le frappes, il lâche la barre. Les vibrations de la chute de l’objet métallique sur le sol me vrillent l’esprit. Personne ne réagit autour de nous, nous sommes vraiment seuls, comme je l’espérais. Aucune fenêtre n’est éclairée, aucune personne curieuse d’entendre des cris. Il pose ses mains sur ton cou, ses mains puissantes sur ton cou si fragile, il ne peine pas à te faire taire.


Tu perds connaissance et je te vois basculer par-dessus le muret au-dessus du canal, lentement, comme si la scène se déroulait au ralenti sous mes yeux ensanglantés. Le son lourd de ton corps tombant dans l’eau me fait réagir, me donne le peu de forces qui me reste.

J’arrive Sarah, je vais te sauver !


Je bouge les bras, tant bien que mal, je parviens à émettre un son guttural, un râle de douleur et de souffrance. Je n’aurais pas dû. Il s’approche de moi, me porte et me jette par-dessus le muret, sans vraiment d’effort, je suis comme paralysé.


Le choc de mon entrée dans l’eau froide me redonne juste ce qu’il faut d’esprit lucide pour te chercher. Je te vois t’enfonçant dans les profondeurs du canal, ta main tendue vers moi, tes cheveux flottant autour de ton visage endormi. Mon corps plus lourd te rejoint plus vite que je ne l’aurais pensé. Je t’attrape la main et ne te lâche plus. Nous nous sommes happés par le fond, vite, très vite. Il y a du courant. Mes yeux qui restent ouverts pour ne pas te perdre voient encore un petit point de lumière au–dessus de nous, certainement le reflet du lampadaire qui semble m’indiquer le chemin. Je décide de les fermer, les tiens le sont déjà, jusqu’à ce que l’obscurité totale nous enveloppe.


Il n’a pas gagné, tu sais. Nous sommes ensemble et notre amour devient notre éternité.


Je t’aime, Sarah.





Puis j’ai vu des larmes couler sur tes joues, tu t’es jetée à terre, dans mes bras, en hurlant ton OUI !


Sarah, je suis tellement heureux !


Je sors alors la bague de la boîte et la glisse à ton doigt. Notre amour a supporté toutes les embuches qui ont été mises sur notre route. Je ne peux empêcher mes yeux de pleurer à leur tour, la joie et le bonheur qui inondent mon cœur réchauffent mon âme. Je ne vois que toi, tu es à moi.


Enfin, nous allons pouvoir crier à la tête du monde combien nous nous aimons.


Je me relève et te prends dans mes bras. Pouvoir te chérir, aux yeux de tous, me remplit d’une émotion incommensurable.


J’ai passé tellement d’années à t’aimer en secret, à résister à l’envie d’aller vers toi dès que tu venais à ma rencontre. Nos rendez-vous furtifs, nos ébats cachés. Te voir dans d’autres bras, pour ne pas éveiller les soupçons sur notre relation tenue secrète, me transperçait le cœur tout comme tu souffrais de me voir au bras de mon épouse. Tu savais que je continuais de lui faire l’amour afin de sauver les apparences. Nous avons souffert, Sarah. Nous avions décidé d’arrêter de nous voir jusqu’à ce que ma situation et la tienne soient plus claires. Moi, divorcé, toi, diplômée. Ne plus te toucher me rendait fou, ne plus pouvoir t’aimer et le dire. Deux ans que tout a été mis de côté. Par respect pour elle, j’ai divorcé, je lui devais la vérité, je lui devais d’être honnête sur mes sentiments. Elle a souffert aussi, tu sais. Je l’ai quittée afin de l’épargner et j’ai attendu que tu finisses tes études.


Voilà, Sarah, j’ai tenu promesse.


Le bijou épouse parfaitement ton doigt, je te connais sur le bout de ton âme. Ce diamant jaune que tu avais repéré dans la vitrine du bijoutier lors de notre escapade à Paris il y a plus de deux ans maintenant, moi prétextant une conférence, toi, une visite familiale. Tous ces mensonges ont été si lourds à porter, Sarah, mais c’est fini. J’ai fait les choses comme tu me l’as demandé et nous voici enfin récompensés de toutes nos souffrances, de cette attente interminable.


La lune se reflète sur les eaux tranquilles du canal. Les réverbères éclairent notre chemin lorsque nous repartons, main dans la main, vers ton petit meublé qui accueillera notre amour pour la première fois tandis que des milliers d’étoiles parsèment le ciel et scintillent sur notre bonheur.


Ton sourire est le plus beau cadeau du monde.


Je suis l’homme le plus heureux du monde.


Je t’aime, Sarah.





Puis j’ai vu des larmes couler sur tes joues…

Tu as explosé de rire !


Tu es tombée à genou sur le sol en te tordant, hilare. Qu’y a-t-il de si drôle à ma demande ? Tes sarcasmes me tordent le ventre. Tu te moques de moi ?

Sarah, je suis tellement malheureux et toi tu ris de moi ? Comment oses-tu ?


— Tu penses vraiment que je pouvais aimer un mec comme toi ? Sérieux ?

— Que veux-tu dire ? Sarah, je n’ai pas inventé nos nuits d’amour ni ces mots que tu m’as dits…

— Mais merde, ouvre les yeux ! T’étais mon prof ! J’ai eu des bonnes notes grâce à toi, j’ai eu ce putain de diplôme parce que j’ai couché avec toi ! Je t’ai dit ce que tu voulais entendre afin d’obtenir ce dont j’avais besoin, je pensais vraiment que t’avais capté ! Mais je m’en fous que tu aies divorcé ! Merde, le con, c’est pas possible d’être aussi con ! Mais t’as bien vu que je m’envoyais d’autres mecs, quand même !

— Mais je pensais que c’était pour tromper les apparences ! Pour donner le change afin que notre amour ne soit pas révélé !

— Oh c’est pas vrai, t’as vraiment cru… Notre amour ? Non, mais tu pourrais être mon père ! Tu crois que je vais faire ma vie avec un vieux croulant comme toi ! Putain, t’es grave, toi !


Sarah, l’espace d’un instant, j’ai cru que tu allais changer ta version et me dire que tu me faisais une blague. Puis j’ai ouvert les yeux grâce à tes ricanements, j’ai compris que je m’étais fourvoyé, que tout n’était qu’illusion, que tu m’avais berné, en beauté.


J’ai tout quitté pour toi, Sarah. J’ai mis ma vie de côté, pour toi, pour nous et tu te moquais de moi.

J’ai tout abandonné, pour toi et toi, tu t’en fiches.

Ce n’est plus l’amour qui m’anime mais la rage, la colère, le désespoir.

Ce n’est plus l’envie d’être avec toi qui brille dans mes yeux mais l’envie de te faire taire à tout jamais.


Ton rire me rend malade, me soulève l’estomac, je suis presque au bord des vomissements à t’entendre me rabaisser. Je suis malade de penser que j’ai pu t’aimer. Tout mon amour pour toi n’est que souillure et crasse. Tu m’as salis, Sarah, tu ne saliras plus jamais d’autres hommes.

Je m’avance vers toi tandis que tu n’en peux plus de t’esclaffer à gorge déployée. Cette gorge qui me nargue, qui m’attire, je ne vois plus qu’elle. Mes mains l’attrapent soudainement et te font taire. Tes yeux sont surpris, exorbités, effrayés puis me supplient d’arrêter. Je ne t’écoute plus, je ne ferai plus jamais ce que tu me demandes.


Puis soudain, tu te tais.


Je ne t’entends plus rire de moi, je ne t’entends plus te moquer de mon amour, de ma bêtise. Tu gis dans mes bras, belle à en mourir. Je regarde notre reflet dans l’eau et te bascule, par réflexe, par-dessus le muret. Le bruit de ton corps qui entre dans l’eau me laisse sans réaction. Je te vois t’enfoncer dans les profondeurs sombres du canal sans aucun remord.


Je t’aimais, Sarah.



©Barbara Laurame 2019

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