Défi d'écriture de Les P'tits jeux d'écriture du Boudoir

En octobre 2019, je participais pour la dernière fois de l'année, à un défi d'écriture sur le groupe facebook Les P'tits jeux d'écriture du Boudoir dont voici les consignes :


💀LE DÉFI DE DÉCHÉANCE AUTEUR💀

OCTOBRE 2019


Voici mon petit sujet, si il y a des féministes elles vont kiffer : "l'art pour un homme de porter un corset"

Il s'agirait d'une petite nouvelle horrifique ou policière dont la principale contrainte sera que le propos quel qu'il soit sur ce vêtement soit un minimum documenté. Attention, il ne s'agira ni d'un corset médical ni d'une métaphore morale ou sociale mais bel et bien d'un corset et il sera porté par un homme.

Petites vacheries d'usage :

  • un personnage devra prétendre avoir déjà compté deux fois jusqu'à l'infini

  • il faudra une citation d'un bouquin dont l'auteur participe au concours (et pour ceux qui n'ont lu aucun bouquin dont l'auteur participe au concours une citation de Paul Verlaine mais c'est beaucoup moins bien)

  • il faudra utiliser au moins trois noms palindromiques

  • il faudra utiliser au moins trois noms français d'origine espagnole

  • il faudra aussi un clown diabolique qui ne fait pas peur (à tort ou à raison)

Voici ci-dessous le texte que j'avais écrit :



La fête est finie…


— Ne touchez pas à ce corps, abruti ! Virez-moi ce clown de là ! Ok, le déguisement de Pennywise un jour d’halloween, mais pas à un goûter de gosses ! Sérieux, ils ont quoi dans la tronche, les parents ? On peut même pas dire qu’il fait peur tellement il a l’air bourré ! Qu’il se casse de ma scène de crime !


L’inspecteur Castle n’en pouvait plus de tous ces incapables qui l’entouraient. Qui était l’horrible psychopathe qui avait pu commettre ce crime affreux, à une fête d’enfants ? Que ce soit Halloween, il pouvait comprendre que cela échauffait les esprits les plus faibles, mais ce meurtre-là n’était pas dû à un faible d’esprit. Il était minutieux, organisé, et quelle mise en scène !

Le petit Jonathan pleurait encore toutes les larmes de son si petit corps d’enfant. Comment allait-il se remettre d’avoir trouvé le cadavre de sa mère défiguré et démembré ? Ce rictus gravé sur le visage, ce sourire ineffaçable et débordant de rouge à lèvre rouge vif. La pauvre femme avait assurément été torturée de son vivant. Et que lui avait-il encore fait subir avant sa mort ?

Il quitta la scène le cœur lourd et l’estomac au bord des lèvres. Pourtant un vieux de la vieille à la crim’, il n’en était pas moins lassé et dégoûté de l’horreur humaine.


— Bouh !


Castle se retourna et répondit à cette agression verbale par un crochet du droit qui fit valser les fausses dents de ce Pennywise d’opérette. Il était sur les nerfs, fallait pas le chercher !


— Putain, mais c’est pas vrai ! Mais pourquoi t’es encore là ! Mais t’as un grain, mon gars ! Et tu empestes l’alcool ! Allez, vas-y compte jusqu’à trois pour que je sois sûr ?

— C’est pas la peeeeeeine, je sais faire, tu sais ? J’ai déjà compté deux fois jusqu’à l’infini ! Et au-delà ! dit-il en soufflant son haleine fétide au nez de Castle.

— C’est bon, emmenez-le en dégrisement ! Sans ses fausses dents, il n’effrayerait pas un moineau ! Par contre, il peut décimer un essaim d’abeilles rien qu’en soufflant ! Il refoule du goulot pire qu’un coyote ! Le gars navigue complètement au radar ! Mais y’avait quoi dans le punch des gosses ?


Il décida de retourner dans la maison. Peut-être que quelque chose lui avait échappé ? Il s’empressa de demander au médecin légiste de vérifier le taux d’alcool de la victime également. Et ce clown... Il n’était peut-être pas aussi innocent qu’il pouvait paraître !

En vérifiant le punch aux fruits, rien de suspect. Pas une trace d’alcool. Il se dirigea vers la chambre où il put sentir les relents envahir toute la pièce. Mais il n’y avait rien dans la chambre à proprement parlé, l’odeur venait de la salle de bain et lorsqu’il s’en approcha, les effluves lui agressèrent les narines. La baignoire était remplie de punch alcoolisé.

Dans la chambre, tout semblait indiqué qu’il y avait eu une scène de sexe torride, un véritable rodéo. Tout le lit était sens dessus dessous, les oreillers à terre, les draps défaits, jetés au sol, et le drap du dessous était tâché, comme si les personnes, qui avaient fait l’amour dans ce lit, s’étaient baignés avant dans la baignoire de punch. Mais quel rapport avec le clown qui empestait ? Était-ce lui qui s’était tapé maman Smith à la propre fête de son fils ? Et c’était quoi ces cachets sur un des chevets ? Xanax… Bon sang, le cocktail qu’ils s’étaient fait.

La déchéance humaine dans toute sa splendeur. Seulement, qu’avait-il pu se passer pour que leurs ébats sexuels se transforment en guérilla et fassent perdre ses membres à maman Smith ? Tout ressemblait à une très vieille affaire non résolue. Cela lui revenait en mémoire par flash. La chambre, la position des oreillers, la baignoire, le corps…

Castle se rua dans le dressing afin d’y voir s’il ne manquait rien.


— Lescuyer, vérifiez avec le mari pour voir si madame portait des corsets et s’il lui en manque. Un tiroir est vide.

— Des corsets ? Vous voulez pas plutôt dire des strings ?


La confiance règne, ça fait plaisir ! comme dit Anna dans Le défilé des glaces de Nathalie Brunal ! pensa très fort Castle. Sans réponse de son supérieur, Lescuyer partit interroger le mari en se persuadant qu’il devait demander pour des strings et non des corsets.

Castle continua d’observer la pièce. Rien ne semblait avoir bougé à part ce tiroir ouvert et cet espace vide. Pourtant cette fois, il y avait quelque chose de nouveau. Au moment où il se penchait sur le tiroir pour vérifier ce qu’il voyait, Lescuyer fit irruption dans le dressing.


— Le mari confirme que sa femme mettait des corsets, pas des strings. Il ne sait pas qui était avec elle, ce n’était en tout cas pas lui car il était à son bureau.


Castle ne répondit pas. Toute cette affaire lui revint en mémoire. Les corps démembrés, les sourires figés, recousus, le maquillage dégoulinant et jamais aucune trace, aucune empreinte. Seulement, il y a 30 ans, c’était plus facile pour un tueur en série de commettre ses crimes et d’échapper aux enquêteurs. À l’heure actuelle, avec les moyens mis à sa disposition, Castle savait qu’il l’attraperait. Il le fallait, pour terminer sa carrière sur un coup de maître ! Il fallait qu’il arrête le tueur aux corsets, il était persuadé que c’était bien lui, ou peut-être un imitateur, ce qui expliquerait la nouveauté ?


— Vous pensez que c’est lui qui a fait le coup quand même ? interrogea Lescuyer, en parlant du mari.


Rien n’était à exclure. Pourtant, Castle ne répondit pas et attrapa le morceau de papier qu’il voyait de coincé dans le tiroir. Ce n’était pas laissé là par hasard. Il déplia la feuille et n‘en crut pas ses yeux.

« Je suis Grippe-Sous, le clown de ses dames. Le corset me sied tant que la femme n’est pas dedans. Il modèle mon buste tandis qu’il leur broie le leur, il affine ma taille tandis qu’il leur cisaille les côtes, il maintient ma poitrine tandis qu’il leur écrase ! Elles ne méritent pas de les porter. Un corps d’homme dans un corset sauve son âme pour l’éternité. »

Castle se précipita dehors afin de retrouver ce putain de clown. Non, impossible qu’il lui soit passé sous le nez comme ça, ce mec était un réel abruti ! Ou bien un grand acteur qui l’avait berné à un niveau tel que Castle se sentait mal à en avoir la nausée.


— Brunal ! Dites-moi que le clown a bien été emmené en dégrisement !

— Désolé, Castle ! On avait autre chose à faire, le gars est reparti, on avait personne pour l’emmener au poste !

—PUTAIN ! MERDE ! Appelez les patrouilles, faut le retrouver !

— Mais c’est quoi le problème ?

— Regarde ça ! dit Castle en tendant le message, c’est lui le tueur au corset ! 30 ans que je le traque et je l’ai laissé filer ! Je me suis fait avoir comme un bleu !


Il était trop tard. Pennywise était loin, personne ne savait même qui il était, ni son nom. C’était madame Smith qui avait tout géré et madame Smith la démembrée ne pouvait plus rien dire.

Soudain, Castle regarda sur la rivière derrière la maison et aperçu une silhouette sur un kayak. Une silhouette au un visage blanc, coiffée d’une perruque rouge, semblait lui adresser un petit signe de la main comme pour lui dire au revoir.

Castle bondit, attrapa son arme et tira en direction de l’embarcation. Le kayak se retourna. Toutes les patrouilles se lancèrent vers la rivière afin de retrouver le corps. Ce fut le cas quelques centaines de mètres plus loin. Toutefois, même s’il était coiffé de la perruque et maquillé de blanc, il ne portait pas de corset.

Castle retourna le corps afin de voir le visage et ne comprit pas. Il s’agissait bien du clown.


— Y a un truc qui cloche, dit Castle, sceptique. Brunal, c’est bien le clown que vous avez vu ?

— Ouais, pas de doute !

— C’est trop facile, ça va pas. Lescuyer, demande au mari là-bas, faut qu’il me dise si c’est bien ce clown qui est arrivé chez lui.

— Heu, Castle, tu veux que je retourne à la maison de l’autre côté ?

— Ben non, t’es abruti ou quoi ? Il est là, à côté de l’arbre en train de parler à l’agent Le Parc, amène le moi !

— Castle, c’est pas monsieur Smith ça. En tout cas, pas celui auquel j’ai parlé !


Castle comprit soudain son erreur. Il s’était fait avoir comme un bleu, un débutant, un nul.

Il leva alors les yeux en direction de la maison sur l’autre rive. Une silhouette, enveloppée dans la brume qui se levait, disparaissait dans la nuit, le corps sculpté dans un corset au laçage de soie.


©Barbara Laurame 2019

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